Chaque année, vous êtes des milliers à rêver de devenir masseur-kinésithérapeute. C’est une vocation magnifique, alliant science, contact humain et la satisfaction d’aider les autres à retrouver leur mobilité. Pourtant, en France, la sélection drastique via le PASS ou les L.AS laisse de nombreux candidats sur le bord du chemin.
Heureusement, une autre voie existe : l’Europe vous ouvre ses portes. Grâce à la libre circulation au sein de l’UE, un diplôme obtenu dans un pays membre est en principe reconnu en France. Cette perspective a transformé le paysage des études de santé pour de nombreux Français.
Mais attention, l’aventure européenne demande une préparation minutieuse. La reconnaissance du diplôme n’est pas toujours automatique et dépend de la durée et du contenu de votre formation. Des « mesures compensatoires », comme un stage ou un examen supplémentaire, peuvent être exigées si des différences importantes sont constatées avec le cursus français.
Pour vous aider à y voir plus clair, nous avons analysé cinq des destinations les plus prisées pour des études de Kiné en Europe : la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et la Roumanie. Voici notre top 5 des destinations plébiscitées par les Français pour vous aider à faire le choix qui changera votre vie.
1. La Belgique
Destination historique pour les étudiants français, la Belgique séduit par sa proximité, sa culture et, bien sûr, sa langue. Cependant, pour faire face à l’afflux de candidats, le pays a mis en place un système d’admission qui s’apparente à une véritable loterie.
Admission
L’accès aux études de kiné pour les non-résidents est limité à un quota de 30 % des places, attribuées par tirage au sort. Les chances de succès varient de 17 % à 47 % selon les établissements. De plus, vous ne pouvez déposer qu’un seul dossier dans une seule école, ce qui rend le choix hautement stratégique.
Formation
Le cursus dure quatre ans (Bachelier + Master), un format bien aligné avec les standards européens qui facilite le retour en France. La sélection, absente à l’entrée, est reportée à la fin de la première année, qui est extrêmement exigeante. Un échec peut entraîner une exclusion définitive de la filière.
Budget
C’est l’un des grands atouts de la Belgique. Les frais de scolarité (« minerval ») sont très abordables, s’élevant à 835 € par an dans les universités. Le coût de la vie est comparable à celui de la France, hors Paris, avec un budget mensuel moyen de 800 € à 1 200 €.
Verdict
La Belgique est un pari à faible coût mais à haut risque. Idéale si votre budget est limité et que vous êtes prêt à affronter l’incertitude du tirage au sort et l’exigence d’une première année couperet. Pour en savoir plus sur les études de médecine en Belgique, consultez notre Guide complet pour les Français !
2. L’Espagne
Avec sa qualité de vie et la réputation de ses formations, l’Espagne est devenue une destination phare. Son système d’accès est cependant à deux vitesses, opposant un secteur public très sélectif à un secteur privé plus ouvert, mais bien plus onéreux.
Admission
L’accès aux universités publiques est très compétitif. Il ne repose pas sur un concours, mais sur une note d’admission, la « Nota de Corte« , qui est souvent très élevée. Pour l’atteindre, un excellent bac ne suffit pas ; il faut passer des épreuves supplémentaires en espagnol, les PCE. Les universités privées, elles, sélectionnent sur dossier et entretien, offrant une voie plus directe mais coûteuse. Un niveau B2 en espagnol est quasi indispensable partout.
Formation
Le « Grado en Fisioterapia » dure quatre ans (240 ECTS), ce qui assure une bonne reconnaissance du diplôme en France. La formation est réputée pour sa qualité, avec un bon équilibre entre théorie et pratique clinique.
Budget
Le grand écart. Les universités publiques sont très abordables (750 € à 2 500 € par an), tandis que les frais des universités privées s’envolent, allant de 8 000 € à plus de 15 000 € par an. Le coût de la vie est légèrement inférieur à celui de la France, avec un budget mensuel estimé entre 800 € et 1 200 €.
Verdict
L’Espagne est une option fantastique pour ceux qui veulent une expérience culturelle riche et devenir bilingues. Le choix se fera principalement sur des critères financiers : la voie privée, plus simple, représente un investissement très conséquent.
3. Le Portugal
Le Portugal a su développer une offre spécifiquement calibrée pour les étudiants français, en proposant des cursus de kinésithérapie entièrement en français et une admission sécurisée.
Admission
C’est le point fort de la destination. L’admission se fait uniquement sur dossier scolaire, sans concours ni tirage au sort. Des organismes spécialisés accompagnent souvent les étudiants dans leurs démarches, offrant une solution « clé en main ».
Formation
Le cursus de « Licenciatura » dure quatre ans et est dispensé intégralement en français dans plusieurs établissements partenaires. Autre avantage stratégique majeur : la possibilité d’effectuer ses stages en France, ce qui facilite grandement la constitution du dossier pour le retour.
Budget
C’est le revers de la médaille. Ce modèle sécurisant a un coût : les frais de scolarité sont parmi les plus élevés d’Europe, allant de 8 150 € à 10 800 € par an. Heureusement, le coût de la vie au Portugal est très attractif, l’un des plus bas d’Europe de l’Ouest, ce qui compense en partie l’investissement initial.
Verdict
Le Portugal est la voie royale pour ceux qui privilégient la sécurité et la simplicité. C’est une forme d’assurance : vous payez pour un parcours sans barrière de la langue, sans sélection aléatoire et avec une reconnaissance du diplôme en France quasi garantie.
4. L’Allemagne
Puissance universitaire, l’Allemagne offre une formation en kinésithérapie réputée pour sa rigueur. C’est cependant une voie exigeante, dont la principale complexité réside dans la reconnaissance du diplôme en France.
Admission
La principale barrière est la langue. Un niveau avancé (C1) en allemand est presque toujours exigé pour intégrer une formation. L’admission se fait ensuite sur dossier, soit dans des écoles professionnelles privées (« Berufsfachschulen »), soit dans des universités publiques quasi gratuites mais très sélectives.
Formation
C’est le point critique. La formation traditionnelle et la plus répandue dure trois ans. Cette différence de durée avec le cursus français est considérée comme « substantielle » par les autorités françaises, ce qui entraîne quasi systématiquement des mesures de compensation (stage d’un an ou épreuve d’aptitude) pour pouvoir exercer en France.
Budget
Le système public est gratuit (hors contribution semestrielle de 200-400 €). Les écoles professionnelles privées, plus accessibles, coûtent entre 4 000 € et 6 000 € par an. Le coût de la vie est similaire à celui de la France.
Verdict
L’Allemagne s’adresse aux étudiants très déterminés, déjà à l’aise avec la langue allemande. Il faut aborder ce projet avec lucidité : le « coût caché » est l’année supplémentaire quasi inévitable pour obtenir le droit d’exercer en France.
5. La Roumanie
La Roumanie s’est imposée comme la destination la plus abordable pour les études de Kiné en Europe. L’admission y est simple, mais le parcours présente des problématiques similaires à ceux de l’Allemagne.
Admission
L’entrée en formation se fait sur dossier, sans concours. Cependant, les cours étant en roumain, une année préparatoire de langue est indispensable pour les étudiants étrangers.
Formation
Comme en Allemagne, le cursus de base (« Licență ») dure trois ans (180 ECTS). Cette durée implique un risque très élevé de se voir imposer des mesures de compensation pour un retour en France.
Budget
C’est l’argument massue de la Roumanie. Les frais de scolarité sont imbattables (entre 650 € et 1 500 € par an pour un cursus en roumain) , et le coût de la vie est près de 50 % inférieur à celui de la France. Un étudiant peut y vivre avec 400 € à 600 € par mois.
Verdict
La Roumanie est l’option idéale pour les budgets les plus contraints. Il faut cependant intégrer dans son projet le temps et le coût de l’année de langue, ainsi que la quasi-certitude de devoir effectuer un stage ou un examen complémentaire en France. Le parcours total pour exercer en France s’étalera donc plus probablement sur 5 ans.
Choisir de s’expatrier pour devenir kinésithérapeute est une aventure humaine et académique formidable. Il n’y a pas de « meilleur » pays, seulement celui qui correspond le mieux à votre profil, votre budget et votre projet de vie.
Quelle que soit votre destination pour vos études de kiné en Europe, préparez-vous bien en amont, notamment sur le plan linguistique si nécessaire. Surtout, dès le premier jour de formation, devenez le gardien de votre parcours : conservez précieusement tous les documents, syllabus, et attestations de stage en détaillant les heures effectuées. Ce dossier sera votre meilleur allié pour obtenir, à terme, le précieux droit d’exercer en France.
Faire ses études de kiné en Europe : en résumé
| Pays | Barrière à l’entrée (difficulté & langue) | Langue | Prix scolarité | Vie | Équivalence en France (Retour) |
| Belgique | 🟡 Moyenne à Élevée Difficulté : Tirage au sort aléatoire pour les non-résidents. Sélection très exigeante en 1ère année. | Langue : Cours en français (Wallonie), aucune barrière. | 🟢 Faible Frais de scolarité très bas (< 1 000 €/an). Coût de la vie modéré. | ✅ Bonne Formation en 4 ans.Risque faible de compensation, reconnaissance fluide. | X |
| Espagne | 🟠 Variable Difficulté : Très élevée pour le public (examens PCE requis). Plus simple pour le privé (sur dossier). | Langue : Niveau B2 en espagnol nécessaire. | 🟠 Variable Public abordable (750-2 500 €/an). Privé très cher (8 000-15 000 €/an). | ✅ Bonne Formation en 4 ans. Risque faible de compensation, bonne reconnaissance du diplôme. | X |
| Portugal (Filière FR) | 🟢 Faible Difficulté : Admission sur dossier scolaire, sans concours ni tirage au sort. | Langue : Cursus 100% en français, aucune barrière. | 🔴 Élevé Frais de scolarité très élevés (8 000-11 000 €/an). Coût de la vie plus bas pour compenser. | ✅ Excellente Formation de 4 ans conçue pour un retour simple en France. Risque de compensation quasi nul. | X |
| Allemagne | 🔴 Élevée Difficulté : Admission sur dossier mais la langue est le principal obstacle. | Langue : Niveau C1 en allemand exigé, barrière très importante. | 🟡 Moyenne Public quasi-gratuit. Écoles privées modérées (4 000-6 000 €/an). | ⚠️ Complexe Formation en 3 ans. | Mesures de compensation (stage d’un an ou examen) quasi-systématiques. |
| Roumanie | 🟡 Moyenne Difficulté : Admission simple sur dossier. | Langue : Année préparatoire de langue roumaineobligatoire, ce qui représente un effort important. | 🟢 Très Faible Coût des études et de la vie le plus bas d’Europe, très accessible financièrement. | ⚠️ Complexe Formation en 3 ans. | Mesures de compensation (stage d’un an ou examen) quasi-systématiques, comme pour l’Allemagne. |